En ce début d’année 2026, de nouveaux résultats d’analyses publiés par le Groupement des Agriculteurs Bio du Loir-et-Cher (GABLEC) révèlent une contamination par le prosulfocarbe des jardins potagers de particuliers. Dans cette étude, réalisée avec le concours de résidents volontaires en zones urbaines et rurales, deux tiers des échantillons de fruits et légumes testés sont contaminés, avec des taux dépassant les limites maximales en résidus (LMR) autorisées pour la commercialisation dans 40% des échantillons testés. Pour la FNAB et Générations Futures, ces données confirment une pollution environnementale que nos organisations dénoncent sans succès depuis des années.
Une démarche citoyenne qui pallie les carences de l’État
Face au manque de données publiques sur l’exposition des potagers privés, le GABLEC a coordonné une campagne de prélèvements de fruits et légumes sur 15 sites. La répartition des résultats montre que, si le milieu rural est le plus touché, la volatilité extrême de cet herbicide — désormais le plus utilisé en France derrière le glyphosate — affecte également les zones périurbaines.
Si cette situation est préoccupante, elle n’est malheureusement pas étonnante. De nombreuses études ont montré que le prosulfocarbe est capable de parcourir plusieurs kilomètres dans les airs, contaminant des cultures et des jardins pourtant très éloignés des zones de traitement. « Un pesticide à la diffusion environnementale aussi incontrôlable n’a plus sa place sur le marché français » en conclut François Veillerette, porte-parole de Générations Futures. “Il est de plus nécessaire de rappeler que l’évaluation du prosulfocarbe est très ancienne, le dernier avis de l’EFSA datant de 2007, et contient des défaillances très préoccupantes notamment dans l’évaluation des propriétés cancérigènes de la substance” ajoute t’il.
Cinq ans d’alertes ignorées et de préjudices économiques
Depuis 2021, nos organisations n’ont cessé d’interpeller les pouvoirs publics sur les risques liés à cette molécule :
- En 2021 : Saisine de douze préfectures pour demander des interdictions locales en urgence et alerte sur les 100 000 euros de pertes subies par les producteurs de sarrasin.
- En 2022 : Action juridique devant le tribunal administratif pour suspendre les autorisations de mise sur le marché (AMM).
- En 2023 : Dénonciation de l’insuffisance des mesures de réduction de dérive imposées par l’Anses.
Malgré ces démarches, les agriculteurs bio continuent de subir des pertes régulières. Le préjudice pour la seule filière du sarrasin bio s’élève probablement à plusieurs millions d’euros ces dix dernières années, avec un coût moyen par contamination estimé à 10 000 euros.
Olivier Chaloche, co-président de la FNAB, rappelle que « Il est profondément injuste que les agriculteurs bio paient le prix de pollutions dont ils ne sont pas responsables. L’État ne peut plus rester spectateur : il doit agir pour protéger nos fermes et les riverains. ».
Reconnaître le préjudice, indemniser, réglementer
Les règles d’utilisation du prosulfocarbe, incluant des distances de sécurité de 10 à 20 mètres vis-à-vis des riverains, sont manifestement inefficaces face à une substance retrouvée dans l’air à des concentrations aussi fréquentes. C’est pourquoi nos organisations ont signalé officiellement ces dépassements importants des Limites maximales en résidus mises en évidence par leurs analyses au service de l’ANSES chargé de la phytopharmacovigilance le 21/01/26. Une saisine de l’ANSES sera effectuée dans les prochains jours pour demander que ces résultats soient expertisés et pris en compte au niveau réglementaire.
La FNAB et Générations Futures réitèrent leurs demandes :
- Le retrait des autorisations de mise sur le marché pour tous les produits à base de prosulfocarbe.
- La mise en place d’une zone de sécurité minimale d’un kilomètre autour des habitations et des jardins potagers tant que la molécule reste autorisée.
- La création d’un fonds national d’indemnisation pour les agriculteurs et les particuliers victimes de ces contaminations.
- Que la consommation d’aliments auto-produits soit une voie d’exposition prise en compte lors de l’évaluation du risque pour les riverains pour les pesticides (ce qui n’est pas le cas aujourd’hui), et que par conséquent, le guide méthodologique de l’EFSA soit révisé
Lire le rapport complet « Prosulfocarbe : un herbicide volatil qui contamine les jardins de particuliers »


