Paris, le 26 février 2026 : L’Agence Bio a présenté, ce jour, au Salon de l’agriculture, son baromètre de la consommation des produits bio. La consommation repart, mais la production reste fragile avec une très légère baisse des surfaces en bio et du nombre d’agriculteurs-trices bio. Cette situation ne traduit en rien une faiblesse du modèle biologique ; elle résulte de choix politiques irresponsables dans un contexte de crises agricoles, sanitaires et environnementales.
Des milliers d’agriculteur·rices ont engagé leur ferme en bio en s’appuyant sur des politiques publiques claires : aides à la conversion, maintien sécurisé, installation accompagnée, structuration des filières. Ils et elles ont investi et transformé leurs systèmes avec le soutien de l’État et des collectivités.
En 2017, la suppression des aides au maintien en France a créé l’une des plus fortes distorsions de concurrence en Europe, alors que les pays voisins soutiennent la bio dans la durée. En 2020, la reprise par l’État de la gestion des aides PAC s’est traduite par une nouvelle baisse des soutiens. Ces décisions ont fragilisé les fermes et contribué, en grande partie, aux déconversions observées ces 5 dernières années.
“ Combien de preuves des externalités positives de la bio faut-il encore au gouvernement pour agir et enfin, aligner les politiques publiques avec les réalités économiques, environnementales et sanitaires de notre pays ? Une demi-douzaine de rapports de la Cour des Comptes et d’autres corps d’inspection appellent à réintroduire des aides au maintien en agriculture biologique” explique Loïc Madeline, Co-président de la Fnab qui ajoute “ Nous attendons un soutien structurel de l’Etat pour passer de la sauvegarde au développement de la bio d’autant plus que la consommation repart à la hausse et que la production risque de ne pas pouvoir répondre à la demande à moins d’importer des produits Bio ce qui va totalement à l’encontre des objectifs de souveraineté alimentaire du gouvernement. “
La bio grande absente du salon de l’agriculture
Aucune mention de l’agriculture biologique dans les premières conclusions des conférences sur la souveraineté alimentaire, aucune place claire dans la version actuelle de la Loi d’urgence agricole. Dans le même temps, l’Agence Bio est fragilisée : menacée de disparition, son budget a été réduit de moitié, alors même que ses missions sont stratégiques pour le développement de la bio : promotion du label, soutien à la consommation et structuration des filières.
La Fnab refuse l’effacement progressif de l’agriculture biologique des priorités gouvernementales, d’autant plus que la bio a démontré qu’elle produit, répond aux enjeux de souveraineté alimentaire et apporte des réponses concrètes aux crises sanitaires et environnementales. Si la bio recule, c’est la transition agroécologique qui recule car la bio en est le fer de lance.
Les demandes prioritaires de la FNAB :
- Le développement de la bio sur les aires de captages d’eau potable : une solution immédiate et efficace pour améliorer la qualité de l’eau potable et réduire les coûts de la dépollution
L’agriculture biologique réduit les pollutions diffuses, régénère les cycles de l’eau et protège la santé, comme le confirment des rapports officiels[i]. Malgré ces preuves, seulement 9 % des surfaces sur les aires d’alimentation de captage sont conduites en bio. Les outils réglementaires ou financiers pour accélérer cette transition, comme les Paiements pour Services Environnementaux (PSE) dédiés aux fermes bio, restent inexploités.
À l’approche des arbitrages de la loi d’urgence agricole, la FNAB demande :
- La mise en place immédiate d’un régime cadre national de PSE bio,
- L’inscription d’objectifs ambitieux (25 % de surfaces bio sur les captages prioritaires d’ici 2032, 50 % en 2038) dans la loi,
- Une gouvernance locale de l’eau incluant systématiquement les acteurs de la bio.
Relancer le développement de la bio par une réforme en profondeur de la PAC
Fin 2027, si rien ne bouge, la bio ne représentera qu’environ 1 % du budget français de la PAC, loin des 5 % annoncés pour l’ensemble de la programmation.
La FNAB demande :
- Pour la fin de la programmation 2023-2027 :
L’Etat et les Régions doivent s’engager à flécher les reliquats d’aides à la conversion bio vers des projets portés par des exploitations en agriculture biologique, quelque soit la mesure de la PAC concernée (MAEC Systèmes Herbagers, Zéro Intrants, projets d’Investissements ou Dotations Jeune et Nouvel Agriculteur). Tout autre fléchage ne servira pas le développement de l’agriculture biologique.
Pour la prochaine PAC 2028-2034 :
- La défense d’un budget PAC en hausse et sanctuarisé pour le développement de l’agriculture biologique :
L’Union Européenne[ii] doit garantir une prise en charge à 100 % des aides à l’agriculture biologique (conversion et maintien en bio) par des crédits européens, afin d’assurer le développement de la bio dans tous les États membres et d’éviter des inégalités de déploiement au sein du marché européen. Les États membres pourraient compléter ce socle commun par des dispositifs additionnels (PSE, etc).
- Un soutien complet pour les exploitations bio : aide à la conversion, aide au maintien, nouveaux Programmes Opérationnels bio, aides couplées bio, modulations bio obligatoires pour les interventions Investissements et Dotations Jeune et Nouvel Agriculteur, ainsi que des mesures de régulation des volumes et des prix spécifiques pour les filières bio dans l’Organisation Commune des Marchés
[i] IGAS-IGEDD-CGAAER et Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan
[ii] Actuellement, l’UE finance 80 % de ces aides et envisage de ramener cette part à 70 %, ce qui constituerait un recul de son soutien au développement de la bio. Les 20 % restants relèvent des budgets nationaux. Mais ces financements, insuffisamment sécurisés, ont souvent servi de variable d’ajustement budgétaire, rendant le soutien à la bio instable.


