Substance active candidate à la substitution depuis 2015, le cuivre est à nouveau sur la sellette en ce début d’année 2026. Pourtant, indispensable à la protection des cultures en agriculture biologique, il pourrait être retiré de facto des solutions disponibles à très court terme, plongeant la viticulture bio dans une situation technique intenable.
Retour sur un dossier explosif qui mobilise la FNAB et l’ensemble des acteurs concernés.
Un cadre européen qui se resserre, mais sans justification claire
En 2019, la réévaluation européenne du cuivre a conduit à son approbation pour sept ans avec une limite d’usage fixée à 28 kg/ha, soit un plafond de 4 kg/ha/an grâce au mécanisme du lissage. Une substance peut être autorisée au niveau européen, mais ses produits commerciaux doivent également obtenir une AMM délivrée en France par l’ANSES.
C’est précisément à ce niveau que le bât blesse : les dossiers déposés en 2020 ont reçu leur réponse le 15 juillet 2025… et la décision est brutale. L’ANSES refuse la réhomologation d’un grand nombre de spécialités cupriques utilisées en viticulture, sans justification scientifique solide selon les fabricants.
Seulement deux produits réautorisés : un étau réglementaire qui se referme
Avant 2025, 47 produits cupriques étaient homologués en vigne.
Aujourd’hui, il n’en reste que deux :
- CHAMP FLO AMPLI
- HELIOCUIVRE
Tableau récapitulatif pour les deux substances autorisées (avant / depuis le 15/07/2025) :
Quinze autres produits (dont BB RSR, NORDOX, CUPROXAT) sont encore en attente de l’évaluation de l’Italie avant que la France ne statue. D’ici là, ils restent utilisables selon les conditions actuelles, tandis que les spécialités définitivement retirées pourront être écoulées jusqu’au 15 janvier 2027.
Mais même les deux produits réautorisés sont frappés de nouvelles restrictions particulièrement handicapantes :
- Mention spe1 : impossibilité de faire jouer le lissage des doses.
- Mention spe8 : interdiction d’usage pendant la floraison.
- Apparition d’une cadence minimale de 7 jours, incompatible avec certaines pressions maladies.
Une Task Force Cuivre vent debout contre une évaluation inadaptée
Douze fabricants et fournisseurs réunis dans la Task Force Cuivre contestent les décisions de l’ANSES. Leur argumentaire s’appuie sur plusieurs rapports scientifiques démontrant que l’évaluation environnementale utilisée n’est pas adaptée aux métaux inorganiques comme le cuivre.
Selon ces travaux :
- Le cuivre présent dans les aliments n’est pas lié aux usages phytosanitaires.
- Les critères de bioaccumulation et de toxicité appliqués par les autorités sont non pertinents pour ce type de substance.
Depuis 2021, la Task Force demande un nouveau modèle d’évaluation… sans réponse satisfaisante jusqu’ici.
Le réseau bio en première ligne pour éviter une impasse pour la viticulture bio
Face à l’urgence, la FNAB a saisi directement la Ministre de l’Agriculture. Une réunion est désormais programmée pour tenter de sortir du blocage entre l’ANSES et les fabricants.
La pression médiatique s’intensifie également : lors du Salon de l’Agriculture, Pierre-Henry Cosyns (FNAB), aux côtés de la CNAOC, de France Vin Bio et du CNIV, a alerté la presse spécialisée sur les impasses techniques majeures qu’une réduction drastique des solutions cupriques entraînerait pour la viticulture biologique.
Sur le plan juridique, la FNAB intervient aussi dans les contentieux opposant les firmes à l’ANSES après les refus d’AMM. L’objectif : expliquer au juge l’ampleur des impacts que ces interdictions font peser sur les producteurs bio. Les premières décisions sont attendues dans le mois.
Bio en Grand Est et l’Association des Champagnes Biologiques ont adressé des courriers aux sénateurs et députés des territoires viticoles du Grand Est pour leur demander leur soutien sur ce sujet.
Nous sommes à un tournant : protéger la cohérence de la bio
Le cuivre n’est pas un outil de confort : c’est l’un des rares remparts dont disposent les viticulteurs bio contre le mildiou. La disparition de la quasi-totalité des produits cupriques ferait basculer tout un pan de la production dans une insécurité technique et économique sans précédent.
Alors que la transition agroécologique est affichée comme une priorité nationale, il est urgent que les autorités mettent fin à un traitement réglementaire incohérent et technocratique, totalement déconnecté des réalités du terrain.
La bio a besoin de solutions, pas d’impasses.
Et elle a besoin d’elles maintenant.


